Les enfants volés d'Angletterre

A vouloir trop protéger les enfants les services sociaux enlèvent des enfants de leur famille juste sur des probabilités ou soupsons. Ils sont pauvres ou bien ont été en familles d'accueil, ils sont sur surveillance. Parfois on enlève les enfants à la naissance.
Ce reportage a été diffusé sur France5 le 15 novembre 2016

Sur la base d'une présomption de maltraitance, les services sociaux britanniques retirent chaque année des centaines d'enfants à leurs parents. Un déchirement pour ces derniers, comme en témoigne un reportage édifiant
"Elles ont été privées de leur enfant pour une faute qu'elles n'ont pas commise." Diffusé ce mardi soir sur France 5,  le documentaire réalisé par Stéphanie Thomas et Pierre Chassagnieux lève le voile sur une réalité méconnue de l'Angleterre : le retrait arbitraire de centaines d'enfants chaque année à leurs parents. Et ce, sur la simple base d'une présomption de maltraitance qui pourrait, un jour, se produire. 

Une dérive "orwellienne" qui se déroule à quelques dizaines de kilomètres de la France dans une relative indifférence. Le documentaire s'ouvre ainsi sur une scène édifiante : celle de la fuite en Normandie de Bethany, de 22 ans, enceinte de huit mois. "Les services sociaux m'ont envoyé un courrier disant que c'était ma dernière chance avant de prendre mon bébé, avant de me donner cinq jours pour trouver un avocat. C'est à ce moment-là que nous avons décidé de partir", raconte la jeune femme. Sa faute ? Avoir vécu le suicide de sa sœur ainée, six ans auparavant. Un drame qui l'aurait fragilisé et qui, de facto, rentre dans le cadre du Children act.
"Probabilité de faire du mal"

C'est sur ce texte de loi, adopté en 1989 par Margaret Thatcher pour mettre fin à "l'assistanat" des classes laborieuses, que repose cette politique étonnante instaurant le concept de "probabilité de faire du mal". En clair : les services sociaux ont la possibilité de retirer les enfants au sein d'une famille soupçonnée de maltraitance, passée, mais surtout supposée future. Le système va basculer dans les années 2000, après un tragique fait divers dont s'emparent les médias – la mort d'un bébé sous les coups de ses parents -, et l'arrivée au pouvoir de Tony Blair. Ce dernier va en effet multiplier les mesures favorisant l'adoption. Chaque année, des objectifs sont ainsi fixés, des "quotas d'enfants" à retirer à leurs parents. Gare aux comtés qui ne parviennent à les remplir : leur budget est revu à la baisse.

Face à cette mécanique implacable, nombreux sont les couples à se retrouver du jour au lendemain dans le viseur des services sociaux. C'est le cas de Colin et Claire : après avoir connu une enfance difficile dans des foyers d'accueil, ils vivent désormais des aides sociales. Le jour où la jeune femme tombe enceinte, un rapport est établi par les autorités. Elles considérent qu'il y a un "risque potentiel" pour l'enfant. Ce dernier leur sera donc retiré après sa naissance. Le documentaire suit alors les jeunes parents dans leur combat pour retrouver la garde de leur fille, enchainant les cours de parentalité et les visites sous l'œil du personnel des services sociaux. Jusqu'au jour où le verdict des tribunaux confirme leur incapacité. "C'est comme si l'Etat revendiquait l'enfant comme étant sa propriété. (…) Le besoin social se transforme en risque", raconte une ancienne assistante sociale. Un risque dont la simple évocation peut avoir des conséquences : la loi impose le silence aux parents et aux journalistes. Et les prénoms des enfants "volés" ne doivent, eux, pas être cités.

Troubles de l'attachement

Les troubles de l'attachement désigne les désordres émotionnels, comportementaux et d'interaction sociale dus à un échec de l'attachement relatif aux besoins primaires lors de la petite enfance. Lorsqu' un jeune enfant (0 à 2 ans) n'est pas en réel relation avec un adulte significatif qui comble ses besoins primaires, l'enfant à de fortes chances de développer un trouble de l'attachement qui teinteront son comportement tout au long de sa vie. Ces troubles peuvent venir chez les enfants adoptés ayant été en orphelinat dans les premières années de la vie.

Voici des signes qui peuvent montrer un trouble de l'attachement chez l'enfant
Histoire de ruptures ou de négligence sévère
- déplacements multiples
- négligence ou abus sévères à long terme

Refus de dépendre de l’adulte
- centration sur son propre plaisir
- ne compte que sur lui-même
- ne recherche pas le réconfort lorsqu’anxieux

Absence de réactions manifestes à la séparation
- ne réagit plus aux changements de milieux de vie: pas de réaction apparente

Sociabilité sans discernement
- trop familier avec les étrangers
- aucun adulte ne semble plus significatif qu’un autre
- recherche excessive d’attention
- incapable de changer de comportement pour protéger la relation à l’adulte

Relation superficielle à l’autre
- sourire artificiel et absence d’émotions véritables
- se relie de façon mécanique
- fait et dit ce que les autres attendent de lui
- manipulateur et centré sur ses intérêts

Incapacité de conserver les bons moments sans les détruire par la suite
- réagit mal aux compliments, aux récompenses
- détruit activement le lien avec l’adulte après un bon moment passé avec lui
- intolérant à toute attente de l’adulte à son égard

Réaction à toute limite ou exigence comme à une attaque ou à une critique
- difficulté à admettre ses torts même pris sur le fait
- se montre inatteignable même lorsque puni

Apprentissages difficiles
- besoin de la proximité de l’adulte pour fonctionner

Relations conflictuelles avec les pairs

- contrôle excessif
- manque d’empathie et de chaleur
- manipulation et hostilité lorsqu’il n’a pas ce qu’il veut
- partage difficilement l’attention de l’adulte